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Fiche Mémo EHP 1

Particularités des HP

Les HP présentent d’une part des particularités du développement différentes des autres enfants et, d’autre part, ils ont aussi des façons particulières de traiter l’information.

A. Particularités du développement :

-       Un enfant qui, dès la naissance, fixe du regard et/ou démontre un bon développement cortical, a de bonnes chances d’être précoce

-       Un HP parle souvent avant de marcher, s’exprime fort bien pour son âge (précocité de certaines acquisitions - langage, lecture). Certains parents notent la précocité des premiers mots (12 mois), puis des premières phrases (18 au lieu de 24 mois). D’autres signalent une absence d’acquisition des premiers mots jusqu’à 2 ans, puis l’apparition brutale de phrases parfaites sur le plan syntaxique, «Comme s’il attendait de savoir parler correctement avant de nous le montrer ».

-       Il montre un grand intérêt et une curiosité à tout instant : l’aisance langagière va logiquement s’accompagner d’un intérêt prématuré pour l’environnement, avec un questionnement incessant et toujours pertinent. Ce harcèlement plonge l’adulte dans l’embarras car il concerne des sujets complexes et essentiels (origine du monde, construction de l’univers, existence de Dieu, notion de la vie après la mort, ...).

-       Ils ont beaucoup d’empathie et sentent ce que les autres ressentent comme s’ils avaient des antennes qui les prévenaient des moindres émotions d’autrui. On verra qu’à un moment donné, cette « hypersensibilité », qui donne une fausse impression d’immaturité affective, n’est que la conséquence du fonctionnement intuitif d’un enfant qui perçoit rapidement les états d’âme de son entourage, elle pourra se retourner contre eux et les conduire à des excès d’émotions.

-       L’association de l’avance verbale et de l’empathie crée une situation idéale pour développer une forme d’humour qui achève de fasciner l’entourage et ceci le suivra toute sa vie. L’humour restera aussi un des moyens de communication pour entrer en contact avec eux, surtout quand ça va mal.

-       L’accès à la lecture est généralement accéléré ; dans son désir de tout vouloir maîtriser, l’enfant recherche très vite à comprendre les règles, en apprenant souvent seul, à l’aide de jeux, en décryptant les publicités ou les gros titres des journaux.

-       Sur le plan social, il est spontanément attiré par des camarades plus âgés, voir adultes. Dans le même sens, il préfère les jeux compliqués, et délaisse ceux de son âge

 

B. Particularités du traitement de l’information

Les HP présentent une organisation cognitive spécifique, ils ont des procédures de raisonnement très différentes des autres enfants et montrent de réelles singularités dans l’activation des ressources attentionnelles.

-       La pensée en arborescence : Au lieu de penser de façon linéaire, une idée en enchaînant une autre sur un axe et inhiber tous les facteurs ou les éléments non pertinents pour pouvoir aller d’une question à une conclusion, les HP vont complètement fonctionner en arborescence. Cela signifie qu’à partir du moment où une information entre dans le système cognitif, il va y avoir tout un faisceau d’idées qui vont se déployer, qui vont faire l’objet d’une association extrêmement rapide, une idée enchaînant toujours une autre avec évidemment une très grande difficulté à structurer et, au moment du passage à l’écrit en particulier, à pouvoir organiser un travail.

Cela signifie que la vie devient extrêmement difficile car une question entraîne toujours une autre question. Une question n’entraîne jamais de réponse. Une question amène toujours une nouvelle hypothèse et au moment de l’adolescence, ce sont des jeunes qui se trouvent en proie à des incertitudes, des doutes extrêmement importants, surtout à un moment où justement, on va leur demander de choisir. Or pour choisir, il faut inhiber et inhiber cela signifie renoncer.

-       Un raisonnement logicomathématique atypique : Le raisonnement logicomathématique est un vrai paradigme autour des facultés de raisonnement du jeune ou adulte HP, avec un raisonnement mathématique extrêmement intuitif, avec des réponses analogiques très rapides qui lui viennent spontanément au cerveau : L’enfant « connaît » la réponse, mais est incapable d’expliciter le raisonnement utilisé. Il dira d’ailleurs : « je le sais parce que je le sais »

-       Le biais du raisonnement : Pour être intelligent, il faut savoir inhiber ce que l’on sait pour apprendre quelque chose que l’on ne sait pas encore. Au niveau du développement cognitif, par exemple, nous avons tous pensé à un moment que le biberon à l’endroit et le biberon à l’envers étaient des objets différents.
Pour pouvoir accéder à des formes évoluées de la pensée, il faut savoir qu’un biberon à l’endroit et un biberon à l’envers forment un unique objet. Pour avancer au niveau du fonctionnement intellectuel et pour avoir un fonctionnement intelligent, il faut inhiber des formes plus archaïques de la pensée.  
Mais il faut également inhiber chez ces enfants-là, les formes intuitives de la pensée, on l’a vu en ce qui concerne le raisonnement mathématique. Face à un problème mathématique, son devoir d’élève consiste à inhiber sa réponse pour actionner un processus cognitif analytique plus laborieux qui lui permettra de s’adapter à l’exigence scolaire. « Il faut penser à réfléchir »

-       Les pièges de la mémoire particulièrement élevée, surtout eu égard à la mémoire de travail. La mémoire de travail est une mémoire qui ne fonctionne pas plus de 20 secondes et qui permet de stocker 7 choses à la fois. Cette mémoire de travail est extrêmement importante pour les processus d’apprentissage. Il s’agit d’une usine de traitement de l’information qui permet temporairement de poser la dernière phrase, d’y mettre du sens ; en cas d’intérêt de la placer dans la mémoire interne et dans le cas contraire de l’évacuer du champ mental.
Cette mémoire est très sensible à l’anxiété et c’est là qu’on voit les liens importants avec les aspects psychoaffectifs. L’anxiété brouille complètement les capacités de la mémoire de travail à traiter les informations qui arrivent de l’extérieur. Or les études montrent qu’un enfant surdoué avec un QI de 140 a 2 fois plus de capacité, en mémoire de travail, qu’un enfant avec un QI de 100, c’est-à-dire qu’il a 2 fois plus de capacité en terme de temps de stockage et également en nombre d’éléments qu’il peut y stocker temporairement pour y travailler.

C’est également la mémoire qui, au niveau des métacognitions, va permettre de réfléchir à ce qu’on est en train de faire. Cela pose un problème dans la mesure ou l’appropriation des processus d’apprentissage ne leur demande aucun effort, souvent d’ailleurs ils apprennent les poèmes en écoutant les autres enfants réciter le jour même. Lorsque plus tard, en milieu de secondaire, on leur demande d’utiliser des procédures d’apprentissage que les autres enfants ont assimilées depuis longtemps, ils se retrouvent en réelle difficulté : ils n’ont jamais appris à apprendre.

Ils ont une autre difficulté qui est de dire : « j’ai compris, donc je sais » car il s’agit de 2 mémoires différentes : La mémoire épisodique qui est une mémoire des connaissances, la mémoire procédurale qui est une mémoire des savoir-faire.

Ces enfants n’ont pas intégré les différentes phases d’argumentaire nécessaire pour pouvoir produire un raisonnement mathématique et surtout, au niveau des métacognitions, ils ne savent pas activer le processus interne qui serait de mettre en perspective leur façon de faire; ils n’ont aucune visibilité sur leur propre fonctionnement. Ils fonctionnent complètement en dichotomie. « Je sais, je fais, je ne sais pas, je ne fais pas ». Ils ne se posent jamais la question de pourquoi je le sais, comment je le sais ou si je ne sais pas, comment faire pour savoir, qu’est ce que je peux tenter pour essayer de répondre. Ce sont des enfants auxquels, très jeunes, il faut dire « tu le sais, mais COMMENT tu le sais ? » C’est-à-dire leur apprendre à connaître leurs processus métacognitifs : leurs propres stratégies de fonctionnement pour ne pas être victime de « je sais, je fais; je ne sais pas donc, je ne fais pas ». AU contraire, le EHP doit reprendre le contrôle de son propre fonctionnement et pouvoir être le pilote à son bord.
 

-       Les particularités des mécanismes attentionnels chez l’élève surdoué. Pour être attentif, un enfant surdoué a besoin de faire plusieurs choses à la fois. On peut citer des milliers d’exemples qui illustrent ce besoin. Par exemple, l’enfant bavarde avec son voisin mais a la réponse à la question posée sur le sujet exposé pendant la séance de bavardage. 
En forçant ces enfants à l’immobilité, au silence et à l’attention, en coupant une branche, et là on revient sur la pensée en arborescence, on coupe toutes les possibilités de l’enfant. Il suffit de demander à ces enfants d’être ce que nous appelons attentifs pour qu’ils décrochent totalement. C’est très perturbant parce que c’est pour cela qu’on a deux sortes d’enfants hyperactifs au sens clinique et non au sens du syndrome :

·               Ceux qui ont l’air de manquer d’attention et qui bougent considérablement en classe ;

·               Ceux qui rêvassent et sont dans la lune alors qu’ils pensent à 1001 expériences quand ils veulent essayer d’être sages au sens où ils veulent essayer de répondre à la contrainte. 

-       L’illusion de la pensée commune : Dans notre société, il y a énormément de pensées communes qui régissent les règles de la vie en communauté et en particulier des contenants culturels communs. C’est-à-dire qu’on a un certain nombre de références culturelles communes qui nous permettent de faire l’économie d’un certain nombre de discours pour partager la même vision des choses. Le problème posé par l’illusion de la pensée commune est qu’elle crée des défauts de communication ; on ne se comprend pas dans la mesure où l’on est persuadé que l’autre devrait penser la même chose. Ce phénomène pose pour les HP de grandes difficultés car les questions qu’ils posent sont vite considérées comme de l’insolence par ceux qui réceptionnent ces questions. Cela crée également pour ces HP des problèmes d’anticipation dans la mesure où ils ignorent ce que l’enseignant / le patron attend d’eux.

-       Le jeune ou adulte à Haut Potentiel ne partage pas les mêmes implicites. De part sa différente forme de pensée, il ne comprend pas forcément ce que l’on attend de lui ou il le comprend très différemment et l’école / le lieu de travail peut vraiment être le lieu des implicites. On est tous sensé comprendre sur base de ce que l’enseignant, le supérieur demande, mais on constate souvent que le jeune ou adultes à HP répond à côté de la question ou de la consigne posée, qu’ils peuvent sembler ne pas comprendre ce qu’on leur a demandé. On peut citer le cas de l’adolescente surdouée qui, lors d’un test WISC-III, à la question ‘’Qu’est-ce que l’oxydation du fer ?’’ a répondu qu’elle ne le savait pas car elle ignorait le processus chimique qui conduit à l’oxydation. C’est-à-dire que la réponse à la question « débile » était pour elle une non- réponse. Il faut comprendre qu’au niveau cognitif, on a parlé d’inhibition et nous y reviendrons car il s’agit d’un mécanisme extrêmement important par rapport à l’intelligence ; elle avait inhibé la réponse « oxydation » qui était une non-réponse.

-       Le jeune ou adulte à haut potentiel s’attache au sens littéral des mots : Lors d’un contrôle de math, un enfant à qui on demande de faire un certain nombre de figures géométriques (carré, triangle, ...) rend à la maîtresse un petit paquet de papiers attachés par un trombone. Devant l’étonnement de l’enseignante, l’enfant répond « mais vous avez dit de faire » ; C’est-à-dire qu’il s’était attaché au sens littéral du mot faire au sens de fabriquer. Il avait donc fabriqué les figures avec le bon nombre de cotes et quand l’enseignante, excédée, lui dit « et moi comment vais-je faire pour repérer le triangle du carré », l’élève lui rétorque « Et bien toi, tu es maîtresse et tu ne sais même pas reconnaître un triangle !». Donc, le fait de s’attacher au sens littéral des mots crée de gros problèmes.
A la question suivante «Que fais-tu de tes vacances?», un jeune enfant répond très sérieusement : « J’en prends soin, j’en prends soin ».

-       L’ingérence affective : Les individus à HP pensent d’abord avec leurs tripes. La composante affective est toujours présente dans tous les actes de leur vie, y compris dans l’acte cognitif, ce qui signifie qu’ils pensent d’abord avec leurs émotions avant de penser avec leur système cognitif analytique. Ce sont des enfants qui, contrairement à ce que la représentation collective pourrait faire croire, ont besoin de réassurance narcissique, ont besoin d’être valorisés et gratifiés.

En effet l’hyper lucidité qu’ils ont sur le monde, leur capacité à repérer les failles et les limites des gens qui les entourent et leur grande capacité d’empathie ne permet pas de douter qu’ils ont la même lucidité vis à vis d’eux-mêmes ainsi que cette capacité à connaître leurs propres limites.
  Un enfant surdoué qui semble avoir pris la grosse tête va mal ; il met un masque pour protéger sa très grande vulnérabilité

Ces particularités « traditionnelles » de la précocité s’accompagnent souvent de troubles du comportement qui peuvent être les premiers symptômes visibles de la précocité. Ceux-ci méritent d’être rapidement identifiés comme l’expression d’une avance intellectuelle, ce qui évite de les relier à un trouble de la personnalité ou encore d’incriminer des fautes éducatives.

On peut remarquer que les HP sont plus sensibles, plus vulnérables à développer des troubles du comportement comme :

         -  Des troubles du sommeil qui sont quasi-constants; leur signification diffère selon l’âge (anxiété de la séparation pour le nourrisson, renoncement au plaisir de jouer ou d’apprendre pour des enfants de plus de deux ans, ...). Dormir est en quelque sorte une perte de temps et une perte de contrôle de soi. Les enfants HP ont donc des difficultés à aller se coucher : ils résistent, refusent cette « petite mort ». De plus, envahis par leurs angoisses, ils font davantage de cauchemars que les autres enfants.

         -  L’opposition est certainement le symptôme le plus fréquent. Comme ils sont très sensibles aux injustices et ne supportent pas l’autorité, l’opposition s’exprime de façon comportementale avant l’apparition du langage, avec des crises de colère paroxystiques en cas de frustration (hurlements, coups de tête sur le mur, ...). Plus tard, l’aisance verbale risque d’entraîner l’enfant dans une argumentation aussi structurée qu’insupportable. Il faut remarquer que ces comportements sont surtout rencontrés chez le garçon. La rareté des manifestations d’opposition chez les fillettes, volontiers « hyperconformes », est sans doute à l’origine de la sous-évaluation de la précocité féminine et l’absence de recours au diagnostic.

         -  L’instabilité psychomotrice est une plainte de plus en plus rencontrée en consultation. La variabilité du comportement en fonction des moments et des enseignants confirme rapidement l’hypothèse d’un enfant qui bouge essentiellement à l’école soit parce qu’il s’ennuie avec ses pairs, soit parce qu’il s’ennuie dans la classe d’une institutrice plutôt qu’une autre. Ils bougent, se font pénaliser et donc rejeter. Cette manifestation peut être même à l’origine d’échecs scolaires. Les EHP sont des êtres anxieux, des proies faciles pour les dépressions. A ces troubles s’ajoutent d’autres dysfonctions dont les EHP ne sont pas épargnés : La dyslexie, par exemple, frappe plus de HP que la population typique.

Les troubles de la régulation émotionnelle sont retrouvés chez la plupart des enfants précoces, et peuvent être les premiers révélateurs d’une avance intellectuelle jusque là méconnue.

-       L’anxiété est constante chez les enfants surdoués. Les questionnements existentiels excessifs concernant l’univers, la vie après la mort, la notion de la pérennité de la mort inquiètent forcément l’enfant surdoué à un âge où il en n’a normalement qu’une image abstraite. Plus tard, la peur concerne les maladies (le SIDA, la maladie de la Vache Folle, ...), la survenue de catastrophes au niveau planétaire (Tsunami, réchauffement global de la terre, ...) ou familiales (maladies des parents, séparations, ...). Ces craintes sont parfois abordées spontanément, mais le plus souvent elles restent secrètement gardées par un enfant qui n’ose pas en parler à ses camarades de peur d’être ridicule, d’être pointé du doigt comme « débile », ni à ses parents pour ne pas les inquiéter.

-       Les troubles d’humeur sont fréquents chez les EHP, mais particulièrement mal repérés. Les adultes hésitent en effet à évoquer la dépression chez l’enfant, et préfèrent croire que l’enfance est toujours une période joyeuse. L’enfant surdoué est pourtant surexposé au risque dépressif du fait de sa grande perméabilité aux émotions de l’entourage, avant d’avoir pu construire des moyens de défense adaptés. Il est donc fondamental de bien connaître les signes de dépression infantile, d’expression variable en fonction de l’âge, et de penser, le cas échéant, à les relier à l’avance intellectuelle.

 

Source :  Extraits des présentation de O. Revol et J. Siaud-Faccin lors de la Conférence EHP-Belgique de 2006